L'écclésiaste

01 Ne te presse pas d’ouvrir la bouche, que ton cœur ne se hâte pas de parler à Dieu, car Dieu est au ciel, et toi, sur la terre. Donc, que tes paroles soient rares.

02 Trop de tracas fait délirer, trop de discours fait divaguer.

03 Quand tu fais à Dieu une promesse, ne tarde pas à l’accomplir. Dieu n’aime pas les insensés : ce que tu as promis, tiens-le.

04 Mieux vaut ne rien promettre que promettre sans tenir.

05 Évite les mots qui conduisent au péché et font dire devant le messager de Dieu : « C’est une erreur ! » Faudrait-il que Dieu s’irrite de tes propos et ruine le travail de tes mains ?

06 Quand foisonnent les délires et prolifèrent les paroles vaines, alors, crains Dieu.

07 Si tu vois, dans le pays, l’oppression du pauvre, le droit et la justice violés, ne t’étonne pas de tels agissements ; car un grand personnage est couvert par un plus grand, et ceux-là le sont par de plus grands encore.

08 Mais la terre profite à tous : le roi lui-même en dépend.

09 Qui aime l’argent n’a jamais assez d’argent, et qui aime l’abondance ne récolte rien. Cela aussi n’est que vanité.

10 Plus il y a de richesses, plus il y a de profiteurs. Que va en retirer celui qui les possède, sinon un spectacle pour ses yeux ?

11 Le travailleur dormira en paix, qu’il ait peu ou beaucoup à manger, alors que, rassasié, le riche ne parvient pas à dormir.

12 Voici un triste cas que j’ai vu sous le soleil : une fortune amassée pour le malheur de son maître.

13 Il perd son avoir dans une mauvaise affaire, et quand lui naît un fils, celui-ci n’a rien en main.

14 Sorti nu du sein de sa mère, il s’en ira comme il est venu. Il n’emportera rien de son travail, rien que sa main puisse tenir.

15 C’est aussi une triste chose qu’il s’en aille comme il était venu. Qu’a-t-il gagné en peinant pour du vent ?

16 Il ronge ses jours dans le noir, la tristesse profonde, la souffrance et l’irritation.

17 Voilà donc ce que moi j’ai vu : c’est chose belle et bonne, pour quelqu’un, de manger et de boire, de trouver son bonheur dans toute la peine qu’il se donne sous le soleil pendant les jours que Dieu lui accorde. Telle est la part qui lui revient.

18 Si Dieu donne à quelqu’un biens et richesses avec pouvoir d’en profiter, d’en prendre sa part et de jouir ainsi de son travail, c’est là un don de Dieu.

19 Il ne s’inquiète guère pour sa vie tant que Dieu emplit de joie son cœur.