Hymne : Retournez-vous, voici l'Esprit
Retournez-vous, voici l'Esprit
Du Seigneur, au vent de la nuit,
Qui passe au monde ;
Accueillez-le, ne craignez rien ;
A la croisée de vos chemins,
Laissez-vous couvrir de son ombre.
N'alliez-vous pas vous desséchant
Dans vos lois de chair et de sang,
A perte d'être ?
Hébergez-le, vous renaîtrez,
Car Dieu travaille au plus secret :
Sa lumière luit aux ténèbres.
Ouvrez la fente de vos coeurs,
Et voyez celle du Seigneur,
L'arbre de vie ;
Rapprochez-les, restez greffés,
Buvez la sève désormais
Dont la plaie du Christ est remplie.
Et son Esprit brise les joints
Avec l'arbre mort du jardin
De sève humaine ;
Ne manquez pas ici le bond
Des derniers temps de création
Où l'amour de Dieu nous entraîne.
Ne rompez pas vos nouveaux liens :
Vous croîtrez avec l'Esprit Saint
Jusqu'à cette heure
Du Fils de l'homme éblouissant
Par tous les hommes de son sang
Qui l'auront choisi pour demeure.
Antienne
Seigneur, reprends-moi sans colère !
Psaume : (37 - I)
2Seigneur, corrige-moi sans colère
et reprends-moi sans violence.
3Tes flèches m'ont frappé,
ta main s'est abattue sur moi.
4Rien n'est sain dans ma chair sous ta fureur,
rien d'intact en mes os depuis ma faute.
5Oui, mes péchés me submergent,
leur poids trop pesant m'écrase.
6Mes plaies sont puanteur et pourriture :
c'est là le prix de ma folie.
7Accablé, prostré, à bout de forces,
tout le jour j'avance dans le noir.
8La fièvre m'envahit jusqu'aux moelles,
plus rien n'est sain dans ma chair.
Antienne
Seigneur, tout mon désir est devant toi.
Psaume 37 - II
9Brisé, écrasé, à bout de forces,
mon coeur gronde et rugit.
10Seigneur, tout mon désir est devant toi,
et rien de ma plainte ne t'échappe.
11Le coeur me bat, ma force m'abandonne,
et même la lumière de mes yeux.
12Amis et compagnons se tiennent à distance,
et mes proches, à l'écart de mon mal.
13Ceux qui veulent ma perte me talonnent,
ces gens qui cherchent mon malheur ;
ils prononcent des paroles maléfiques,
tout le jour ils ruminent leur traîtrise.
Antienne
Oui, j'avoue mon péché ; ne m'abandonne pas, mon Sauveur !
Psaume 37 - III
14Moi, comme un sourd, je n'entends rien,
comme un muet, je n'ouvre pas la bouche,
15pareil à celui qui n'entend pas,
qui n'a pas de réplique à la bouche.
16C'est toi que j'espère, Seigneur :
Seigneur mon Dieu, toi, tu répondras.
17J'ai dit : «Qu'ils ne triomphent pas,
ceux qui rient de moi quand je trébuche ! »
18Et maintenant, je suis près de tomber,
ma douleur est toujours devant moi.
19Oui, j'avoue mon péché,
je m'effraie de ma faute.
20Mes ennemis sont forts et vigoureux,
ils sont nombreux à m'en vouloir injustement.
21Ils me rendent le mal pour le bien ;
quand je cherche le bien, ils m'accusent.
22Ne m'abandonne jamais, Seigneur,
mon Dieu, ne sois pas loin de moi.
23Viens vite à mon aide,
Seigneur, mon salut !
V/ Tu es mon rempart et mon refuge :
j'espère en ta parole.
Lecture : Dieu est un père pour Israêl (Jr 30, 18-24; 31, 1-9)
HOMÉLIE DE S. GRÉGOIRE SUR ÉZÉKIEL
Fils d'homme, je fais de toi un guetteur pour la maison d'Israël. Il faut noter que le Seigneur désigne comme un « guetteur » celui qu'il envoie prêcher. Le guetteur se tient toujours sur la hauteur pour voir de loin tout ce qui va venir. Et tout homme qui reçoit le poste de guetteur doit se tenir sur la hauteur par sa vie, afin de pouvoir rendre service par sa vigilance.
Combien il m'est cruel de dire ces paroles ! Car en parlant, je me frappe moi-même : je ne pratique pas la prédication comme je le devrais ; et lorsque cette prédication est suffisante, ma vie ne concorde pas avec ma parole.
Je ne nie pas ma culpabilité, je vois ma torpeur et ma négligence. Peut-être que de reconnaître ma faute m'obtiendra le pardon auprès du juge miséricordieux? Sans doute, quand j'étais au monastère, j'étais capable de retenir ma langue des paroles inutiles et de garder presque continuellement mon esprit attentif à la prière. Mais, après avoir endossé le fardeau de la charge pastorale, mon esprit ne peut plus se recueillir assidûment, parce qu'il est divisé par quantité de soucis.
En effet, je suis obligé d'examiner les affaires tantôt des Eglises tantôt des monastères, et tantôt des monastères, et souvent de juger la vie et les actes des personnes privées ; tantôt de m'occuper longuement de certains problèmes civiques, tantôt de gémir devant l'assaut meurtrier des barbares et de redouter les loups qui menacent le troupeau que Dieu m'a confié. Tantôt je suis contraint de prendre des mesures pour que les secours ne manquent pas à ceux-là mêmes qui sont tenus par la règle monastique ; tantôt je dois supporter avec patience certains pillards, et tantôt m'opposer à eux pour sauvegarder la charité.
Lorsque l'esprit est amené à se disperser et à se déchirer par le souci d'affaires si nombreuses et si importantes, comment peut-il rentrer en lui-même afin de se recueillir entièrement pour la prédication, et ne pas renoncer au ministère de la parole ? Mais, parce que les obligations de ma charge m'obligent souvent à rencontrer des hommes du monde, il m'arrive de relâcher la discipline de ma langue. Car, si je maintiens constamment une sévérité rigoureuse, je sais que je mets en fuite les plus faibles, et je ne les attirerai jamais comme je le voudrais. C'est pourquoi il m'arrive souvent d'écouter leurs paroles inuti-
les. Mais parce que je suis faible, moi aussi, je me laisse quelque peu entraîner aux discours inutiles, et je me mets à parler volontiers sur des sujets que j'avais d'abord écoutés de mauvais gré : et là où cela m'ennuyait de manquer au silence, je trouve plaisir à m'étendre.
Quel «guetteur» suis-je donc, qui ne me tiens pas posté sur la montagne de l'efficacité, mais plutôt gisant dans la vallée de la faiblesse ? Mais le créateur et rédempteur du genre humain est assez puissant pour me donner, malgré mon indignité, et la noblesse de la vie et l'efficacité de la prédication, car c'est pour son amour que je me consacre totalement à sa parole.
R/
C'est au prix de son sang
que le Christ Jésus s'est acquis l'Église.
Soyez donc attentifs au troupeau
dont l'Esprit vous a confié la charge.
Vous serez les intendants fidèles
des mystères de sa grâce.
Livrés en spectacle au monde,
vous serez les modèles du troupeau.
Oraison
Dieu qui prends soin de ton peuple et le gouvernes avec amour, écoute la prière du pape saint Grégoire ; accorde ton Esprit de sagesse aux hommes chargés de conduire l'Église ; que les progrès de ton peuple saint fassent la joie éternelle de ses pasteurs.